|
Comment j’ai fait fuir un américain puritain…
Ah, Palenque, son humidité, ses
moustiques, les fourmis dans les bungalows, ses ruines mayas, sa rave party. On
est le 16 décembre, et je prends le bus pour aller à Palenque. Dans la gare
routière, 1 gars s’assied a côté de moi, il est américain du Texas et (c’est 1
coïncidence incroyable) de la ville de « Corpus Christi » et je ne
sais pas encore qu’il est puritain à gerber.
 Il est au Mexique depuis 3 mois, pour
un voyage spirituel comme il dit. On discute dans le bus et tout cela, il parle
français et…. Nouvelle blague, a passé un an en France, à Millau. Je sais,
c’est déjà trop, mais il a choisi lui-même un lycée de campagne et une famille
d’accueil en France profonde. On parle ciné puis littérature. Il me dit qu’il
aime C.S. Lewis (l’auteur prolifique et ultra-catho de « narnia »
entre autres douzaines de bouquins). Très bien, pourquoi pas. Je lui demande ce
qu’il aime d’autre. « Seulement C.S. Lewis ». OK, pourquoi pas. Je
lui demande ce qu’il a lu d’autre : « Rien, seulement C.S.
Lewis ». Je lui demande pourquoi il
n’a pas eu la curiosité de lire quelque chose d’autre : « ma
communauté recommande C.S. Lewis ». Que tous ceux qui n’auraient pas déjà
pété un câble se fassent cuire une bible sur le cul, c’est moi qui vous le dis.
Ok, le C.S. Lewis boy commence à
sérieusement me taper sur les nerfs. Et il s’accroche en plus, veut qu’on
prenne une chambre double dans le même hôtel, car « ce sera plus
sympa ». Je commence à dire que je ne sais pas, inventant des excuses à la
con. Au fait, qu’est ce que t’aimes comme musique, C.S. Lewis boy ?
« Du rock ». Ouf, il est peut être moins endoctriné que je ne le
pensais. Quel type de rock, mon curé ? « Du rock chrétien ». Non
c’est pas possible, il faut lui décerner la Francisque d’honneur du Vatican
pour son obscurantisme à celui là ! Non sans malice, je lui demande
pourquoi le rock chrétien. « C’est la musique des jeunes de ma
communauté ». Ca alors ! Incroyable non !!
Waouuuhh ! J’éclate de rire, c’en
est trop pour un seul homme ! Il revient à la charge pour la chambre
d’hôtel. Je dois le faire fuir. Je vais utiliser deux techniques : la 1ère
était de lui parler de la rave du soir à laquelle j’allais (à 1 km des ruines,
super ambiance, super musique, des gars et filles vraiment cool, j’ai bien
sympathisé avec un gars du Chiapas avec lequel on s’est mis la race et le +
grand fou rire de nos vies à cause d’un chilango de Mexico DF, quasiment une
heure, à cause de son accent ignoble : « olaaaa carnaaaaall, queee
onditaaaa weeyyyyy ». Excellente rave, donc). Evidemment, il fallait que
je lui décrive un truc inacceptable pour « sa communauté ». Je lui
fais donc peur en lui parlant de piqûres, d’overdoses et de fous furieux (le
truc qui n’arrive jamais ou presque dans toute rave qui se respecte). Il
commence à vouloir changer de sujet. Je continue en lui proposant de lui
refourguer gratis un acide que j’avais rapatrié de Monterrey (évidemment, je
lui explique ce qu c’est car « sa communauté » ne l’avait pas mis au
courant de ces choses). Il commence à ne plus sa voir quoi dire.
Ayant épuisé mes cartouches sur le
sujet, j’ai l’idée lumineuse d’utiliser une seconde technique : me faire
passe pour un homosexuel. Cela fut facile pour deux raisons : la première
est que les expériences de Mad Max à Sanaa’ et de Couille Enorme à Damas m’ont
donné le mode d’emploi et les dialogues types : je lui parle de l’hôtel,
de l’éventualité qu’en cette saison touristique, il n’y ait que des lits
doubles disponibles, que je dors tout le temps à poil, lui parle de sexe et de
porno (merci Marc Dorcel), d’expériences lesbiennes d’amies et d’amis etc…. La
seconde raison est qu’étant donné qu’un bon quart de la promo pensait qu’on
était gays avec Melchior en première année, je n’ai pas eu de mal à me rendre
convaincant.
Il finit par lâcher l’affaire, le bus
arrive dans le centre ville de Palenque et je prétexte quelque chose pour aller
dans la direction opposée. M’en voilà débarrassé. Du moins ce que je croyais….
A 20h, je le croise inexplicablement
dans le même hôtel à bungalows que moi ! Quelle surprise ! On se
parle rapidement et j’écourte vite la conversation.
Le lendemain, à 9h du mat, je quitte la
rave pour une douche et visiter les ruines mayas. Evidemment, je n’ai pas du
tout sommeil et l’idée de visiter les ruines après l’acide était excellente car
cela donne clairement une autre dimension à la chose. Qui je croise en allant
prendre ma douche ? C.S. Lewis boy ! Il me demande comment était la
fête. Je continue à mitonner pour lui faire peur. Cela est définitif, je le
vois de loin dans les ruines et il détourne la tête.

Il était moins une. Manquerait plus que
ce connard bousille ma visite grandiose des ruines avec ses remarques à la con.
Je suis sauvé, me fait ma visite, une sieste entre 14 et 17h sur un bout de
ruine tranquille, me fait bouffer par les moustiques, mais suis heureux, bien
que la batterie de mon appareil photo n’ait lâché au début de la journée… J’ai
vaincu le côté obscur de la religion extrémiste, fait une putain de fête electro,
visité des ruines magnifiques et suis plus ou moins frais et dispos après la
sieste.
Putain de ricains ! Quand ils sont
pas en guerre, ils sont à la messe, et la plupart du temps, ils prient pour
leurs soldats en guerre. Un cocktail détonnant que j’ai eu le bon goût de
fuir….
Phallus In Mexico. |